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  • : Un referendum en Alsace - Conseil unique d'Alsace - Collectivité Territoriale - Referendum du 7 avril 2013 - Ses origines, son déroulement, ses suites...
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  • : Les enjeux de la Collectivité Territoriale d'Alsace (anciennement Conseil Unique d'Alsace) : institutions d'avenir ou illusion collective ? --- Eléments d'analyse proposés par Mathieu Lavarenne, président du Cercle Républicain 68 Edouard Boeglin et conseiller municipal (indépendant) dans un petit village alsacien. Plus de 22 000 visiteurs uniques en quelques semaines.
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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 23:38

 

Conseil unique d'Alsace, le retour


L'amendement "alsacien" au Sénat

 

 

 

amendement-senat-alsace.jpgAu Sénat, la « commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi relatif à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral » vient d’adopter un amendement qui sera proposé dans quelques jours aux sénateurs, visant à ne pas fusionner l'Alsace avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne. Cela pourrait sembler assez légitime, si ce n'était qu'en arrière-plan, clairement avoué, il s'agit de faire revenir le Conseil Unique d’Alsace par la fenêtre, là où les électeurs l’ont pourtant sorti par la grande porte du referendum. 

 

L'amendement, adopté par 20 voix pour, 10 contre et 3 abstentions, est porté par cinq sénateurs alsaciens : Catherine Troendlé, Fabienne Keller, André Reichardt, et Guy-Dominique Kennel, actuel président du Conseil Général du Bas-Rhin et René Danesi, vice-président du conseil régional. Tous avaient activement fait campagne pour le oui avant la consultation du 7 avril 2013. Ce n’est donc pas étonnant qu’ils croient toujours à leur (vague) idée. Ce qui est étonnant, même choquant, c’est que leur manœuvre a pour but explicite de contourner le récent vote des électeurs.

 

Florilège de toutes les récentes manipulations politiciennes


 Dans son contenu, l’amendement demande aux parlementaires de préférer le choix d’une Alsace seule, à l'inverse d’une Lorraine fusionnée avec la Champagne-Ardenne. Soit. On aurait pu en rester là, avec un peu de bon sens politique et du respect pour les électeurs. Mais dans l’énoncé de ses motifs, on ne peut être plus clair : « Cette démarche s’inscrit dans une logique portée depuis plusieurs années et qui consiste à créer une Collectivité territoriale unique en Alsace fusionnant les Conseils Généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin avec le Conseil Régional d’Alsace. » Il est aussi justifié par la volonté de « simplifier » mais aussi « faire des économies », des arguments qui avait pourtant fait flop durant la campagne de 2013. Personne n’est en effet capable de répondre comment se ferait l’articulation avec « Strasbourg eurométropole », qui disposerait de nouvelles compétences jusque-là étatiques, régionales ou départementales, en plus des compétences municipales. Quant aux économies, une approche pragmatique avait pourtant montré qu’elles seraient bien illusoires.

 

Mépris des électeurs

 

Quant aux résultats du referendum, ils sont purement et simplement escamotés par une mauvaise foi à faire pâlir. « En 2013, un référendum a été organisé dans ce même but, mais n’a pas permis la mise en œuvre. En effet bien que la question posée ait obtenu 58 % de réponses favorables, seuls 35 % des électeurs se sont déplacés, ne permettant pas d’obtenir les 25 % que les « oui » devaient représenter par rapport à l’ensemble du corps électoral. » Pourquoi ne pas rappeler que, contre toute attente, les électeurs haut-rhinois, aujourd’hui complètement méprisés, avaient voté non à près de 56%, alors même que le dernier sondage en date annonçait 71% de oui, à participation équivalente. « Oublier » cela, c’est vouloir faire croire que les départements n’existent plus, avant même de les avoir supprimés ! C’est prendre ses désirs pour la réalité. C’est une manipulation particulièrement mesquine et peu respectueuse des règles en place. Pourquoi ne pas rappeler aussi que cet étrange seuil de 25% des inscrits pour le oui (pourtant mis en place par Philippe Richert ministre, en décembre 2010) était plus favorable que n'importe quel autre référendum local qui nécessite une participation de 50% ? Et enfin pourquoi ne pas souligner que ce taux de participation, bien en-dessous des attentes, a été le signe que le chèque en blanc demandé en 2013 n'a pas convaincu les électeurs comme supposée solution à leurs problèmes...?

 

Le règne de la mauvaise foi

 

Dans ce texte ubuesque, il est aussi fait allusion au scandaleux vote du 22 septembre 2014, lorsque « 96 % » (en fait 101 sur 122, les conseillers socialistes ayant lâchement préféré ne pas participer au vote, faisant ainsi augmenter ce pourcentage utilisé aujourd'hui avec un brin de mauvaise foi) « des Conseillers Régionaux d’Alsace, des Conseillers Généraux » ont remis sur la table le Conseil unique, une « collectivité au statut particulier », malgré l’échec du 7 avril.

 

Les "cocus" de Rottner !

 

« 60 000 Alsaciens ont pétitionné pour demander la création du Conseil d’Alsace et refuser la Grande Région ALCA » : mention frauduleuse est ainsi faite à la « pétition Rottner » qui marquait son refus de la région Alsace-Lorraine-Champagne Ardenne, très peu populaire il est vrai, mais aussi le retour du conseil unique d’Alsace, sous condition de référendum. Jean Rottner, le maire de Mulhouse, proposait ainsi « d’organiser, avant la fin de l’année,  un référendum pour que les Alsaciens puissent s’exprimer en toute indépendance sur leur avenir régional ». Beaucoup se sont laissés bercés par cette formulation et le regrettent aujourd’hui où la consultation électorale risque fort de disparaître, sans que nos élus locaux ne s'en émeuvent. Pour mémoire, à la date de publication de l'amendement, ladite pétition plafonnait à 55500 signataires, et non à 60000, dont un certain nombre de doublons. Tout est bon pour faire pression. 

 

Chiffres gonflés

 

Enfin, dernier argument mis en avant par les promoteurs de l’amendement : la manifestation du 11 octobre qui a tourné à la mascarade, tant par les chiffres clairement gonflés (il n’y a pas eu raisonnablement plus de 8000 personnes malgré le battage tonitruant et la complaisance de certains médias locaux, soit 0,55% des Alsaciens), que par les manœuvres politiciennes à la limite de la légalité (la mise en place de Trains régionaux à tarifs spéciaux pour les manifestants), ou encore par le flou entretenu sur les revendications. Beaucoup sont ainsi venus pour s’opposer à la fusion avec les régions voisines, et notamment la Champagne Ardenne, mais se sont retrouvés embrigadés pour le retour du Conseil Unique. Ce qui donne dans le texte des sénateurs : les « Alsaciens se sont réunis sur la place publique à Strasbourg » (il faut le lire pour le croire, mais faut-il y croire pour le dire ?). Ce fut, selon eux, « la manifestation la plus importante depuis les 50 dernières années, 12 à 15 000 personnes  – pour demander la création du Conseil d’Alsace… C’est vers la concrétisation de ce projet que les Alsaciens dans leur immense majorité se tournent ».

 

Et que fait-on des Haut-Rhinois, légalement et légitimement majoritaires contre cette fusion en avril 2013 ? Rien. Ils n’existent pas. Ils sont supprimés. Comme est supprimée la condition de référendum dans le projet de loi actuellement sur la table. La Commission spéciale du Sénat a ainsi "rétabli la possibilité pour deux départements de fusionner. Si pour le faire le referendum local est possible, mais pas obligatoire, en revanche il faut obtenir une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés dans chaque assemblée départementale" (BFM TV 22/10). Un mépris des électeurs alsaciens confortant l'importante crise de légitimité qui pointe à l'horizon.

 

L'amendement pour le Conseil Unique a été rejeté

 

Il faut toutefois relativiser (pour le moment). D'après les DNA, un autre amendement a aussi été déposé par les sénateurs alsaciens « visant à créer le Conseil unique d'Alsace ». Cet amendement « a en revanche été rejeté par la commission spéciale au motif qu'il n'avait pas été évoqué en première lecture. Face à ce risque d'inconstitutionnalité, les sénateurs alsaciens ont décidé de retirer cet amendement ». Il s’agirait alors de le présenter lors du débat sur le projet de loi concernant les compétences, qui sera examiné fin décembre. « Les groupes UMP et UDI a reçu l'appui du groupe Ecologiste dans cette démarche. » Faut-il y voir un premier pas vers la tentation ethnique d'Europe Ecologie ? Les arrière-pensées autonomistes se trouvent en tous les cas confortées par l'ambiguité maintenue par nos élus locaux.

 

La Commission spéciale du Sénat a par ailleurs "rétabli la possibilité pour deux départements de fusionner. Si pour le faire le referendum local est possible, mais pas obligatoire, en revanche il faut obtenir une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés dans chaque assemblée départementale" (BFM TV 22/10).

 

Comment encore leur faire confiance après toutes ces manoeuvres dans le dos des électeurs ?

 

Il va falloir s'organiser afin de mettre un frein à ces dérives anti-démocratiques.

 

M.L.

 

 

 

feu referendum--> Adieu référendum... (26 novembre 2014) - Où l'on verra que les débats n'ont que très peu évoqué l'article 3 de la loi de réforme territoriale qui supprime la condition de référendum pour les modifications des collectivités. 

 

 

 

conseil alsace reforme territoriale--> Conseil d'Alsace - Réforme territoriale - Les alchimistes du "oui" (1er novembre 2014) - Où l'on verra qu'après avoir voulu faire passer une complexification pour de la simplification, lors du pseudo débat de 2013, voilà maintenant qu'on voudrait nous faire avaler que l'échec du référendum du 7 avril serait en fait une victoire volée !

 

 

Couple alsacien-copie-3--> Les conseils (d'Alsace) du Dr Guido BUTTCHERT : Toute ressemblance avec des événements réels ou avec des personnalités connues, comme Guy-Dominique Kennel, Charles Buttner et Philippe Richert, est évidemment totalement fortuite.

 


 

chronologie CUA sommaire-copie-2--> Conseil unique d'Alsace - Le rappel des faits - Chronologie 2010-2014 (25 octobre 2014) - Où l'on pourra se remémorer les faits depuis l'autorisation légale de l'expérimentation institutionnelle en décembre 2010 jusqu'au retour forcé du conseil unique d'Alsace par la fenêtre, après qu'il ait été sorti par la grande porte du référendum.

 

 

Manifestation 11 octobre copie--> Conseil d'Alsace et réforme territoriale – Manifestation du 11 octobre – Une manifestation en demi-teinte (12 octobre 2014) - Où l'on verra que la manifestation du 11 octobre n'a pas été à la hauteur des espérances, pour avoir soufflé sur les divisions plutôt que sur une volonté de rassemblement.

 

 

 

citoyens en colere 2 copie--> Retour du conseil d'Alsace - Les ficelles (médiatiques) sont un peu grosses - Halte aux manipulations ! (où l'on verra comment les électeurs qui ont voté non le 7 avril 2013 sont rayés de la carte par un "sondage" réalisé dans la presse locale)

 

 

Manifestation du 11 octobre Strasbourg 2-->  Tarif spécial - La mascarade du 11 octobre (4 octobre 2014) - Où l'on verra que le Conseil d'Alsace outrepasse ses prérogatives pour soutenir une manifestation à caractère politique en demandant à la SNCF de mettre en place un tarif TER spécial de 5€.

 

 

22 septembre vote des trois conseils alsace--> Vote du 22 septembre 2014 en Alsace : l'orage n'a pas fini de gronder (où l'on verra la trahison des élites à l'égard du suffrage populaire exprimé lors du référendum du 7 avril 2013)

 

Richert retour du conseil d Alsace--> Retour du Conseil Unique d'Alsace - Crise de légitimité et responsabilité politique (18 septembre 2014) - Où l'on verra combien nos élites semblent avoir perdu le sens de la démocratie et de la République. Que l'on ait voté pour ou contre en Alsace lors du referendum du 7 avril 2013, cela doit choquer. Et cela choquera. Les nuages continuent de s'amonceler à l'horizon, et il y a fort à craindre pour l'avenir. Elus, élues, le tonnerre gronde. Que ferez-vous ? Que ferons-nous ?

 

 

collectivite territoriale suppression referendum copie--> Suppression de la condition de referendum et retour du Conseil Unique d'Alsace (29 août 2014) - où l'on apprendra que dans le cadre de la loi sur la fusion des régions un amendement vise à supprimer la condition de referendum pour les fusions et modifications de collectivités territoriales. Et de voir les partisans de la Collectivité unique reprendre du poil de la bête...

 

 

 

 

L'analyse des résultats du  7 avril 2013 :

infographie-les-resultats-du-referendum

 

--> En Alsace, c’est  « non » ! (9 avril 2013) - (où l’on trouvera des éléments d’analyse pour comprendre les résultats du 7 avril 2013 et faire le bilan de la campagne référendaire).

 

 

 

Dix raisons de voter non  en 2013 :


--> schema-referendum_cta.pngDix raisons de voter non : ce projet est une usine à gaz complexe qui, loin de permettre des économies risque bien de nous coûter cher. En participant à l'émiettement institutionnel de la France, il nous affaiblira sans doute plus qu'il nous renforcera. C'est un projet précipité et flou, sans aucune vision d'ensemble, et qui sert de cache-misère politique. Sur fond de crise de confiance généralisée et de fantasmes autonomistes, nos élus risquent de s'enfermer dans une bulle, car la proximité annoncée n'est qu'illusoire. Refusons le chèque en blanc.

 

 

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Published by Referendum en Alsace - dans Conseil Unique d'Alsace
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Jean 12/11/2014 21:53


Bonjour M Lavarenne!


Pour commencer un retour de politesse en vous remerciant également de votre réponse détaillée et argumentée, et du temps que vous y avez accordé! Cela change agréablement des échanges que l'on
peut avoir habituellement avec ce type de média, et me reconcilie partiellement avec lui (je continue de considérer internet comme un piètre vecteur de media : on assiste quasi exclusivement à
des échanges de plus en plus crispé le long des files de discussions, qui finissent par échanges parfaitement caricaturaux...mais ce n'est le sujet ici!)


L'alternative du conseil d'Alsace est constructive dans le sens où il est posé comme point de départ par le gouvernement que rien ne pourra rester figé. Déjà comme ça la position du gouvernement
est le "cause toujours, mais c'est déjà plié", alors défendre le status quo n'aurait même pas permis d'avoir une tribune.


Le projet de conseil unique n'était certes pas parfait, et les relations entre l'eurométropole et la région n'étaient pas claires (ça ne s'est d'ailleurs pas arrangé dans le projet du
gouvernement). Mais pour une petite région comme l'Alsace, avec une vraie cohérence territoriale, des enjeux environnementaux et économiques complètement partagés (nappe d'Alsace, qualité de
l'air, le Rhin - enjeu écologique et économique) l'idée de ne pas jouer chacun dans son coin ne me paraît pas absurde. Avoir un seul service des routes pour la Région, gérer de façon globale les
cités scolaires (collège au CG, lycée à la Régio, cantine partagée...) ne me semble pas fumeux, bien au contraire. L'important est de d'avoir des relais locaux, mais pourquoi plusieurs centres de
décision indépendants sur une région si petite?

Certes, il y a eut des phases de décentralisation. Mais comme vous le dites vous-même, ce qui est décentralisé sont des responsabilités lourdes de charges, en échange d'une dotation financière.
Mais le pot de vaseline est pratiquement vide, et les collectivités se retrouvent a devoir les assumer sans pouvoir s'en donner les moyens. Et un État qui peut se permettre de se défausser de ses
responsabilités sur des collectivités qui ne peuvent pas moufter, un État qui décide tout seul, sans concertation, de ce qu'il veut bien décentraliser et dans quelles conditions, si ce n'est pas
là un État central surpuissant, je ne sais pas ce que c'est...

Et ce que l'on appelle la "crise d'autorité" ne me semble pas être signe d'un État faible, mais plutôt de déficit de légitimité des responsables politiques qui se retrouvent à sa tête. Au niveau
national, ce sont les présidentielles qui définissent tout, et les vainqueurs de celles-ci le sont principalement du fait du rejet de leur concurrent (Le Pen, Royal, Sarkozy et Hollande en 2017),
et non pas sur la base d'une adhésion à une politique. Donc sans réelle légitimité, sur laquelle puisse se fonder une réelle autorité. Et les coups de menton des uns et des autres (Sarkozy ou
Valls), le refus de tout vrai débat démocratique - au hasard, sur le sujet de la décentralisation - bref cet autoritarisme un peu ridicule ni changera rien, et n'est qu'une manière dérisoire de
masquer ce déficit de légitimité.

Maintenant que des États fédéraux ne soient pas tout rose, je ne le nie pas. Que les cantons ou les länder riches veulent se garder leur cagnotte, il faut s'y attendre. Après tout les différents
pays européens tentent de faire de même vis à vis de l'UE, donner le moins possible pour en récupérer le plus. Mais au moins ça se règle à plusieurs : les différents cantons/länder entre eux et
l'État fédéral. Ici, c'est Paris qui décide, seul. Et qui décide de se défausser de son rôle, en associant des régions entre elles pour qu'elles se débrouillent pour partager leur richesse ou
leur pauvreté à 2 ou 3. Et si les votations ont des défauts, ils ne sont pas non plus irrémédiables, et sont une meilleure base pour inciter des citoyens à participer à la vie publique que ne
peut l'être la grande messe quinquennale française.

Alors jeter le bébé avec l'eau du bain? Il n'y a plus ni eau et ni bébé à jeter...l'État peut être et était un bon outil d'aménagement et de redistribution, c'était un de ses rôles principal (au
moins le plus intéressant, à mon sens), mais il ne veut plus assumer ce rôle. De plus l'État s'est coupé de ses territoires en reconcentrant ses services, et voit ne voit plus la France que comme
une espace de grande carte abstraite. Et je ne vois pas de retour en arrière possible. Je pourrais partager en bonne partie vos conceptions (il y a tout de même un aspect uniformisateur qui me
chagrine un peu), mais elles ne prennent pas assez en compte, je pense, cette situation. Alors sans être autonomiste (trop à droite à mon goût - unser land, je ne parle même pas des autres... -)
donner de vrais pouvoirs aux collectivités locales me semble être une piste intéressante, à condition de pouvoir maintenir de la solidarité entre les régions. Mais pour ça, il faudrait que l'État
daigne assumer ses responsabilités...

Au plaisir de continuer cet échange!

Bien cordialement!

Jean Santer (ben oui, un père facétieux...) 04/11/2014 13:50


Bonjour M. Laverne,


Suite à votre réaction à mon commentaire précédent, je vous prie de bien prendre en considération les précisions suivantes :


je ne nie absolument pas la majorité de "non" dans le Haut-Rhin, particluièrement à Colmar; de ce fait, étant donné les règles posées même si sur l'Alsace prise dans sa globalité le oui était
majoritaire, le rejet du projet par un département suffit à retoquer le projet;

assimiler les absentionnistes à des opposants n'est absolument pas recevable : là aussi les règles sont posées et claires, un abstentionniste estime que le vote et son résultats ne le
concernent pas, et il laisse aux autres le pouvoir de décision.

que ce projet aurait favorisé les baronnies, il me semble que la campagne active en faveur du "non" de Gilbert Meyer à Colmar tendrait plutôt à démontrer que M. Meyer voyait au contraire sa
baronnie menacée par le Conseil unique;

la demande du maintient de l'Alsace dans ses frontières n'aurait pas suffit, ca aurait été un simple refus de bouger quoi que ce soit; une alternative constructive était nécessaire pour ne
pas se positionner en victime réactionnaire hostile par principe à tout changement.

prétendre qu'il y aurait eu "bien plus" de monde pour défendre uniquement le maintient des frontières actuelles est un peu téméraire. Manifester dans la rue ne fait pas partie des moeurs
locales.

j'ai bien noté que vous n'êtes pas favorable à la réforme du gouvernement; votre position n'était pas claire dans mon esprit, étant donné que vous vous déchainez sur le conseil unique, mais
êtes très discret sur les conséquences d'une fusion des régions, conséquences bien plus préjudiciables à la démocratie et à la vie locale, à mon humble avis, que ne peut l'être un conseil
d'Alsace unique.

quand à la réforme actuelle, il reste à voir si elle donnera effectivement plus de pouvoirs aux régions - j'ai comme un doute...si ce n'est pas le cas, je dois dire que la question de la
délimitations des régions est une vaste fumisterie qui ne nécessite pas tant de gaspillage d'énergie.

département et commune briques de bases de notre démocratie? Les pouvoirs locaux sont bien faibles et tant qu'ils ne disposent pas de plus de pouvoirs, leur rôle démocratique restera bien
ténu. Et sous couvert d'égalité des territoires et d'abolition des privilèges, on estime nécessaire de maintenir un pouvoir central surpuissant, offrant peu de prises démocratiques. C'est bien là
le jacobinisme au sens actuel du mot (je suppose que vous y mettez plutôt le sens qu'il avait en 1789), puisque vous en vouliez une définition. Les états fédéraux ne sont pas plus inégalitaires
ou des nids de privilégiers que ne l'est la République Française, et un fort pouvoir local incite bien plus les citoyens à participer activement à la vie démocratique, moribonde en France du fait
de l'absence de prise démocratique sur le pouvoir.

De manière plus globale, je persiste à trouver que votre vision de la république implique automatiquement une politique ultra centralisée, et donc bien éloignée de la défense des "briques de
base de la démocratie" que vous entendez défendre par ailleurs.



Pour terminer, je suis bien navré que vous ayez détecté de l'impolitesse dans mon premier commentaire, il n'y en avait aucune de volontaire. Mais comme il me semble que c'est l'absence de
formalisme, usuelle pour ce type de media - par ailleurs bien médicore dans ses capacités à suciter de vraies échanges - j'espère que vous remarquerez que vos leçons ont porté.


Je vous de coire, Monsieur Laverne, en l'expression de sincère considération.


J.S.

Referendum en Alsace 05/11/2014 00:43



 


Bonjour,


Merci d'avoir pris le temps de me répondre si longuement. J'ai toujours préféré le débat à l'indifférence, c'est tout à votre honneur.


Je prends acte aussi du caractère involontaire de ce que j'ai perçu comme une impolitesse. Pardon d'être peut-être un peu trop "traditionnaliste" sur le sujet, mais je trouve il est vrai que la
"fluidité" des nouveaux médias se fasse parfois trop au détriment du cadre des rapports cordiaux.


Il est normal que l'on demande à chacune des collectivités concernées, sinon c'est la loi de la jungle.


Je n'assimile pas les abstentionnistes, loin de moi cette idée. Je reproche leurs propos à ceux qui les considèrent comme des soutiens. J'ai fait quelques citations à ce sujet. Et je rappelle aux
abstentionnistes, comme vous d'ailleurs, qu'ils ont toujours tort, parce qu'on leur fait finalement dire ce qu'on veut. Je souligne aussi en passant que si le projet de conseil unique prétendait
apporter des solutions à la crise (je cite), il n'est pas parvenu à mobiliser les foules. Quand on regarde les résultats de tous les référendums des 50 dernières années, peu ont si peu mobilisé.
En d'autres temps, quand on se prenait une telle rouste en terme de participation, on ne la ramenait pas, si je puis dire.


A propos de l'alternative constructive dont vous parlez, pour ma part, je ne vois pas en quoi peut être constructive une fuite en avant qui ne résout rien (j'attends toujours des arguments
solides et convaincants en faveur du conseil d'Alsace). Je rappelle qu'un rapport très sérieux de l'assemblée des départements de France avait montré que de telles fusions coûteraient bien plus
que les économies annoncées. Je ne vois pas la simplification (quel lien par exemple avec Strasbourg eurométropole ?). Je vois encore moins la proximité annoncée. Bien au contraire.


Pour avoir été destinataires, en tant que maire-adjoint, d'appel à la mobilisation pour le 11 octobre, et pour en avoir beaucoup entendu parler dans le sud du département, je peux vous garantir
que le mélange des deux revendications (contre la grande région et pour le conseil unique) a jeté le trouble et en a découragé plus d'un (bien que les propos des élus haut-rhinois que j'ai pu
lire faisaient en sorte de masquer au maximum la deuxième partie de la revendication, et certains ont été dupés...) Alors d'accord, c'est un sondage personnel sans méthodologie scientifiquement
validée et on en pense ce qu'on veut.


A propos de la réforme du gouvernement, c'est là aussi une fuite en avant inutile, voire nuisible. Là non plus, aucun chiffrage... Que du vent. On bricole dans son bac à sable au lieu de prendre
le problème à un niveau plus conséquent. En fait, le conseil unique comme la réforme territoriale sont la marque de l'abandon de l'Etat, qui doit avant tout être un outil au service de l'intérêt
général, auquel je crois. Tenez, à propos d'un pays fédéral comme l'Allemagne, l'endettement de la ville de Berlin est de 61 milliards d'euros, là où celui de la ville de Paris est de 3
milliards. En fait, la réforme des régions (si d'aventure elle devait donner plus de compétences, ce qui est probable, mais, vous avez raison, cela risque d'être freiné, et c'est vrai aussi, je
n'y vois pas une mauvaise chose) risque bien de cacher un simple transfert de dettes (autrement dit de responsabilités) sur le dos des collectivités. Et je ne vois pas comment, sans un Etat
stratège bien plus sérieux que ce que l'on voit ces dernières années, sans des hommes politiques d'envergure, les nouvelles régions pourraient faire face aux immenses problématiques de notre
temps (dérégulation de la finance, désindustrialisation, dumping social et fiscal, différentiel monétaire de l'euro fort, etc).


A propos du centralisme français, cela fait un certain temps qu'il n'existe plus autant qu'on le raconte. Les lois de décentralisation ont donné d'importants pouvoirs aux collectivités, et c'est
positif dans bien des cas (pas dans tous : qu'on commence par faire un audit et un bilan sur les conséquences des différentes étapes de la décentralisation, avant de continuer à jouer au meccano
institutionnel). Il y a des pays bien plus centralisés que la France,  mais on croit souvent que l'herbe est plus verte ailleurs. Que considérez-vous comme un pouvoir central surpuissant ?
J'ai dû mal à le comprendre à l'heure de la profonde crise de l'autorité politique que nous vivons.


Toujours sur la question fédérale, voici par exemple le genre de conséquences que je crains avec tout ces bidouillages :


http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20121015trib000725063/crise-de-nerf-a-l-europeenne-entre-les-cantons-suisses.html


http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/02/05/en-allemagne-les-etats-riches-ne-veulent-plus-payer-pour-les-pauvres_1827562_3214.html


Quant à la supposée prise démocratique des Etats fédéraux, on peut se dire que ce n'est pas là la question : il faut voir comment, dans la Suisse que l'on tend à idéaliser (toujours le coup de
l'herbe plus verte), les votations sont sujettes au lobbying des puissances d'argent. L'argent dépensé n'est pas plafonné, pas contrôlé. Alors oui, il y a beaucoup à faire au niveau national en
France, avant de détourner notre regard vers des régions que l'on souhaiteraient plus autonomes (tiens, par curiosité, vous considérez-vous comme autonomistes ou non ?) ou en tout cas plus
puissantes. Pourquoi pas, pas mais je ne vois en quoi les problèmes soulevés avant trouveraient une réponse plus forte...


En résumé, il me semble que nous avons un outil, construit de haute lutte, l'Etat, un outil qui est certes TRES MAL utilisé ces derniers temps (et pas seulement pas le gouvernement de Hollande),
si mal utilisé qu'on en désespère. Mais il ne faut pas jetter le bébé avec l'eau du bain.


Il faut changer l'eau. Et les poissons qui flottent dedans (notre classe politique actuelle pour une grande part).


Démocratiquement.


Au plaisir de poursuivre cette conversation.


Bien à vous,


Mathieu Lavarenne (et non Laverne, mais je ne vous en veux pas :-) )



Jean 03/11/2014 12:39


Vos accusations perpétuelles de mauvaise foi à l'encontre des partisans de la collectivité unique 67-68 prennet une tournure assez comique! Lorsque M. Lavarenne écrit dans médiapart :


"Comme si aussi les abstentionnistes qui n'ont pas été convaincu par le projet étaient automatiquement des soutiens... Qui ne dit mot consent ?"


Je vous invite à appliquer cette remarque à vos propres idées : les absentionnistes ont simplement dit qu'ils se fichaient éperdumment de la question et de la réponse qui y était donnée. Et
effectivement, selon les règles en vigueur en France, qui ne dit mot consent...


Vous l'aurez deviné, je suis pour le conseil unique, mais également pour refaire un réferendum, et non pas histoire de demander jusqu'à ce que la réponse aille dans le sens du "oui", mais tout
simplement parce que l'alternative est à présent différente : créer une nouvelle collectivité en fusionnant 2 départements ou 10...


Après, que votre jacobinisme vous pousse à accepter la seconde version au motif que c'est Paris qui l'a décidé, même si cela m'échappe, c'est votre droit. Mais cette imposition, si elle est
républicaine à votre convenance, est très loin d'être démocratique...

Referendum en Alsace 03/11/2014 15:51



Bonjour M. Jean xxxxxx,


Merci pour votre commentaire qui contribue au débat dont nous manquons cruellement depuis 2011 lorsque nos élus ont
fait le choix du conseil unique.


Précision : M. Lavarenne qui publie sur un blog Mediapart, c'est moi-même qui publie sur referendum.alsace. La phrase que vous extrayez est la même que dans l'article que vous commentez. Je n'y
vois pas de contradiction.


Je pense qu'il est nécessaire de rappeler que le débat sur le fumeux et inédit seuil des 25% (des inscrits pour le oui) avait fait croire à de nombreux électeurs que la meilleure façon de refuser
le projet en 2013, c'était de s'abstenir. J'ai fait à l'époque plusieurs interventions, dont un article de fond, pour prouver qu'il n'en était rien, tout au contraire.
L'abstention n'est jamais la bonne solution.


Au-delà de cela, je sais (et je vois bien) que les partisans du projet ont une épine dans le pied : que le Non ait été majoritaire dans le Haut-Rhin parmi les
exprimés. Au point de l'évacuer dans les discours. C'est de cela qu'il s'agit avant tout dans cet article.


Par ailleurs, il n'y a pas qu'une alternative : nous pouvons être contre la réforme territoriale du gouvernement et contre le conseil unique. Je ne vois pas en quoi cela s'oppose. Si au lieu de
tout mélanger les organisateurs de la manifestation du 11 octobre avaient simplement appelé
à défiler pour le maintien de la région Alsace comme telle, il y aurait eu bien plus que les 7-8000 personnes, dont beaucoup rameutées par des méthodes
discutables...


Lorsque l'on parle de jacobinisme, on dit tout et n'importe quoi. J'aimerais bien en avoir une définition plus précise que cet usage qui confine à l'invective. Qu'est-ce qui vous permet de parler
de "mon" jacobinisme ? Qu'entendez-vous pas là ? Une réforme voulant donner plus de pouvoirs à des régions plus grande est-elle jacobine ? J'y perds mon latin. D'autant plus que je ne suis PAS
favorable à la réforme des régions proposée par le gouvernement. Merci d'être précis.


Je suis élu local, défenseur du
département et de la
commune comme briques de bases de notre démocratie. Pas vous ?


Je défends l'idée d'un droit et d'une loi les mêmes pour tous, sur tout le territoire français, parce que c'est cela l'égalité et la fin des privilèges, héritage de la révolution de 1789. Pas
vous ?


Je souhaite que l'on respecte l'avis des électeurs. Si encore on nous proposait un nouveau référendum (ce qui est déjà discutable... mais en droit, seul un référendum peut défaire le résultat
d'un référendum). Mais là, même pas... la loi qui est sur la table promeut la suppression de la condition de référendum pour les fusions de
collectivités. Et aucun des élus qui militent pour le retour du Conseil d'Alsace ne propose maintenant un nouveau référendum.


C'est non seulement choquant, mais cela salit la politique et accentue la crise du pouvoir et de la légitimité. C'est tout cela qui me navre, parce que je pense que la politique et le débat
rationnel est ce qui fait la noblesse de l'homme.


Bien cordialement (on peut aussi être polis dans un commentaire, pardon de vous faire la leçon, mais c'est la base du vivre-ensemble),


M.L.